Comment sortir de l'ennui

Vous vous ennuyez. Pourtant, vous avez peut-être un agenda rempli, un téléphone qui déborde de notifications, des séries à regarder, des messages à traiter, des projets en attente, des obligations familiales, professionnelles ou administratives. Alors pourquoi cette impression de vide revient-elle quand même ? Et surtout, que cherche-t-elle à vous dire ?

L’ennui n’est pas seulement un manque d’occupation

On présente souvent l’ennui comme un problème simple. Vous n’auriez rien à faire, donc vous vous ennuieriez. Pourtant, cette explication tient rarement longtemps. Beaucoup de personnes s’ennuient alors qu’elles sont très occupées. Elles travaillent, répondent à leurs messages, font leurs courses, voient des gens, consomment des contenus, remplissent leurs journées, puis ressentent malgré tout une forme d’absence intérieure.

L’ennui n’est donc pas seulement un manque d’activité. Il peut aussi être un manque de présence, de sens, d’élan, de désir ou de lien avec ce que vous faites. Vous pouvez avoir une journée pleine et une vie qui vous semble plate. Vous pouvez courir partout et sentir, le soir venu, que rien ne vous a vraiment rejoint.

La recherche actuelle décrit souvent l’ennui comme un état désagréable quand vous voulez vous engager dans quelque chose, sans parvenir à trouver une activité suffisamment satisfaisante. Le modèle MAC, développé par Erin Westgate et Timothy Wilson, explique que l’ennui apparaît notamment quand deux éléments se dérèglent : l’attention et le sens. Autrement dit, vous pouvez vous ennuyer parce qu’une tâche ne capte pas votre attention, mais aussi parce qu’elle ne rejoint plus vos valeurs, vos buts ou votre sentiment d’utilité.

Ce point change beaucoup de choses. Si vous pensez que votre ennui vient uniquement d’un manque de motivation, vous risquez de vous juger. Vous allez vous dire que vous êtes paresseux, blasé, instable ou difficile à satisfaire. En revanche, si vous comprenez l’ennui comme un signal, vous pouvez commencer à l’écouter autrement.

En une phrase

L’ennui n’est pas forcément la preuve que vous manquez de motivation, mais souvent le signe que votre attention, votre désir et votre sentiment de sens ne se rencontrent plus au bon endroit.

Qui sont les gens qui s’ennuient ?

Les gens qui s’ennuient ne forment pas une catégorie simple. Ce ne sont pas seulement des adolescents désœuvrés, des salariés démotivés ou des retraités qui ne savent plus quoi faire de leurs journées. L’ennui touche des personnes très différentes, parfois très intelligentes, très sensibles, très actives, très compétentes.

Certaines personnes s’ennuient parce que leur vie manque de stimulation. Elles répètent les mêmes gestes, parlent aux mêmes personnes, restent dans les mêmes lieux, accomplissent les mêmes tâches. Leur quotidien fonctionne, mais il ne les réveille plus.

D’autres s’ennuient parce que leur vie contient trop de stimulation. Elles passent d’un contenu à l’autre, d’un message à l’autre, d’une sollicitation à l’autre, sans jamais se poser assez longtemps pour sentir ce qu’elles vivent. Leur système nerveux reçoit beaucoup, mais leur monde intérieur ne digère plus grand-chose.

D’autres encore s’ennuient parce qu’elles ont grandi, changé, compris certaines choses, mais continuent à vivre dans une forme ancienne d’elles-mêmes. Le métier, la relation, l’environnement ou le rythme de vie convenait peut-être autrefois. Puis, discrètement, quelque chose a évolué. La personne n’est plus exactement la même, mais sa vie continue comme avant.

Enfin, certaines personnes s’ennuient parce qu’elles se sont protégées trop longtemps. Elles ont appris à ne pas trop vouloir, à ne pas trop espérer, à ne pas trop déranger, à ne pas trop demander. Ces personnes ne vivent pas une vie catastrophique. Elles vivent plutôt une vie amortie. Et, à force de tout réduire pour éviter la déception, elles finissent par ne plus sentir grand-chose.

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Est-ce un manque de motivation ?

Pas toujours. Parfois, oui, bien sûr. Vous pouvez manquer de motivation parce que vous dormez mal, parce que vous traversez une période lourde, parce que votre corps fatigue, parce que vous avez trop repoussé certaines décisions ou parce que vous avez perdu le lien avec vos objectifs.

Cependant, l’ennui n’est pas toujours une panne de volonté. Il peut être une panne d’ajustement. Vous essayez peut-être de vous motiver pour une vie, un travail ou une manière de fonctionner qui ne vous correspond plus vraiment. Dans ce cas, chercher plus de discipline ne suffira pas. Vous pourrez forcer quelques jours, remplir un tableau, acheter un carnet, installer une application, puis revenir au même point.

La vraie question devient alors plus précise : est-ce que vous manquez de motivation, ou est-ce que vous essayez de vous motiver pour quelque chose qui ne vous parle plus ?

C’est une nuance essentielle. Lorsqu’une personne me dit qu’elle n’a plus envie de rien, je ne commence pas par chercher comment la secouer. Je cherche d’abord où son envie a été abîmée, anesthésiée, dispersée ou oubliée. Car l’envie ne revient pas toujours sous la forme d’un grand élan. Elle revient parfois par un détail : une phrase entendue, une marche en silence, une conversation qui touche juste, une tâche enfin terminée, une pièce rangée, une décision minuscule, mais vraie.

Dans quels domaines de vie s’ennuie-t-on ?

L’ennui au travail

L’ennui professionnel est plus fréquent qu’on ne l’imagine. Il ne concerne pas seulement les personnes qui n’ont rien à faire. Il touche aussi celles qui font trop de choses inutiles, trop de réunions vides, trop de tâches répétitives, trop de reporting, trop de travail sans retour humain.

Gallup indique que l’engagement mondial des salariés est tombé à 20 % en 2025, son niveau le plus bas depuis 2020. L’organisation estime aussi que ce faible engagement coûte environ 10 000 milliards de dollars à l’économie mondiale en perte de productivité. Cela ne signifie pas que 80 % des salariés s’ennuient. En revanche, cela indique qu’une grande partie du monde professionnel fonctionne avec peu d’attachement psychologique au travail, à l’équipe ou à l’employeur.

L’ennui au travail peut venir d’un manque de variété, d’un manque de défi, d’un manque d’autonomie ou d’un manque de sens. Une revue systématique publiée en 2024 sur l’ennui professionnel souligne d’ailleurs ses conséquences possibles : santé mentale fragilisée, baisse de satisfaction, diminution de motivation, baisse de performance, distraction et retrait.

Dans certains cas, on parle de bore-out. Le terme reste parfois utilisé de manière floue, mais il désigne généralement une usure liée au manque de stimulation, de responsabilité, d’utilité ou de reconnaissance. Là où le burn-out consume par excès de pression, le bore-out peut éteindre par sous-utilisation de soi.

Comment sortir de l'ennui couple

L’ennui dans le couple

L’ennui amoureux ne veut pas forcément dire qu’il n’y a plus d’amour. Il peut signifier que la relation n’est plus nourrie. Vous vous parlez, mais vous ne vous rencontrez plus. Vous organisez le quotidien, mais vous ne vous surprenez plus. Vous dormez dans le même lit, mais votre imaginaire ne circule plus ensemble.

Dans un couple, l’ennui s’installe souvent quand tout devient gestion. Les repas, les horaires, les factures, les enfants, les messages, les courses, les vacances, les obligations. À force de faire tourner la maison, certains couples oublient d’habiter la relation.

Pour sortir de cet ennui, il ne suffit pas de réserver un restaurant. Cela peut aider, bien sûr. Mais le cœur du travail se trouve ailleurs. Il s’agit de redevenir curieux de l’autre. De poser de meilleures questions. De cesser de croire que vous savez déjà tout. De remettre un peu d’inconnu dans une histoire trop connue.

L’ennui dans la vie sociale

Vous pouvez voir du monde et vous ennuyer profondément. Cela arrive quand les échanges restent en surface, quand les conversations tournent toujours autour des mêmes sujets, quand vous jouez un rôle social poli, drôle, disponible ou compétent, sans pouvoir montrer ce qui vous traverse vraiment.

La solitude et l’ennui ne sont pas identiques, mais ils peuvent se rejoindre. L’OCDE indique qu’en 2023, selon les pays, entre 4 % et 14 % des personnes déclaraient se sentir seules. L’organisation note aussi une dégradation de certains indicateurs de bien-être depuis la pandémie, notamment les sentiments d’inquiétude et de tristesse dans plusieurs économies.

Vous pouvez donc vous ennuyer parce que vous manquez de liens. Mais vous pouvez aussi vous ennuyer parce que vos liens manquent de vérité.

L’ennui dans les loisirs

C’est l’un des grands paradoxes actuels. Vous n’avez jamais eu autant de choix pour vous divertir, mais vous pouvez avoir de plus en plus de mal à vous sentir vraiment nourri. Vous ouvrez une plateforme, vous faites défiler, vous commencez une vidéo, vous l’abandonnez, vous consultez votre téléphone, vous revenez, vous cherchez autre chose. Finalement, vous n’avez pas vécu un loisir. Vous avez consommé de la stimulation.

Une publication récente dans Communications Psychology propose une hypothèse intéressante : les médias numériques pourraient participer à l’augmentation de l’ennui, notamment parce qu’ils fragmentent l’attention, élèvent le niveau de stimulation attendu, réduisent le sentiment de sens et deviennent une stratégie inefficace pour fuir l’ennui. Les auteurs soulignent que certaines personnes utilisent leur téléphone pour échapper à l’ennui, mais se sentent ensuite encore plus ennuyées.

Autrement dit, votre téléphone vous sauve peut-être de trois secondes de vide, mais il peut aussi vous voler la capacité de rester assez longtemps avec vous-même pour entendre ce que ce vide voulait dire.

L’ennui existentiel

Puis vient un ennui plus profond. Celui qui ne concerne pas seulement votre travail, votre couple ou vos loisirs. Celui qui touche la question même de votre manière de vivre.

Vous pouvez avoir réussi certaines choses et vous demander : “Et maintenant ?” Vous pouvez avoir construit une vie correcte, mais sentir que quelque chose manque. Vous pouvez être entouré, actif, utile, reconnu, tout en portant une impression étrange : votre vie avance, mais vous ne savez plus très bien vers quoi.

Cet ennui-là demande beaucoup de délicatesse. Il ne se règle pas avec une liste de nouvelles activités. Il demande une écoute plus fine de votre rapport au temps, au désir, à la liberté, au corps, à la mort, à l’amour, au travail, à l’argent, à la transmission. Il ne s’agit pas de dramatiser. Il s’agit de prendre au sérieux ce qui insiste.

Témoignage Gaëlle Courtin

Le contexte actuel nous rend-il plus ennuyés ?

Oui, probablement, mais pas de manière simple. Nous vivons dans une époque saturée. Guerres, crises écologiques, destruction du vivant, tensions politiques, pression économique, inflation, incertitudes professionnelles, intelligence artificielle, solitude, surcharge d’informations. Tout cela ne produit pas seulement de l’anxiété. Cela peut aussi produire une forme d’émoussement.

Quand le monde semble trop lourd, certaines personnes ne réagissent pas par une agitation visible. Elles se coupent. Elles deviennent moins disponibles émotionnellement. Ces personnes continuent à fonctionner, mais quelque chose se retire en elles.

L’éco-anxiété illustre bien cette tension. Une étude publiée dans The Lancet Planetary Health, menée auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans dix pays, a montré que 59 % des répondants étaient très ou extrêmement inquiets du changement climatique. Plus de 45 % disaient que ces ressentis affectaient négativement leur vie quotidienne et leur fonctionnement.
Face à la destruction de la faune, de la flore, des paysages et du climat, l’ennui peut parfois cacher une peine plus vaste. Ce n’est pas seulement “je ne sais pas quoi faire de mon dimanche”. C’est plutôt : “Je ne sais plus comment désirer dans un monde qui m’inquiète.”

L’argent joue aussi un rôle. Lorsque votre attention se concentre sur les factures, la sécurité, la peur de manquer, le coût de la vie ou l’avenir professionnel, votre imaginaire se rétrécit. Vous survivez mieux que vous ne rêvez. Vous gérez davantage que vous ne créez. Ainsi, peu à peu, l’ennui peut s’installer non parce que votre vie serait vide, mais parce qu’elle devient trop défensive.

En ont-ils vraiment envie, de s’en sortir ?

Voilà peut-être la question la plus inconfortable. Les gens qui s’ennuient veulent-ils toujours sortir de l’ennui ? Pas forcément.

Certaines personnes souffrent de leur ennui, mais y restent attachées. Non par faiblesse. Plutôt parce que l’ennui protège. Tant que vous vous ennuyez, vous ne risquez pas trop. Vous ne choisissez pas vraiment. Vous ne vous exposez pas. Au fond, vous ne dites pas oui à quelque chose qui pourrait échouer. Vous ne dites pas non à quelque chose qui pourrait décevoir.

L’ennui peut devenir une salle d’attente. Pas agréable, mais connue. Vous y restez parce que le mouvement demanderait une prise de position. Changer de métier, parler autrement à son conjoint, reprendre soin de son corps, demander de l’aide, vendre une maison, sortir d’un rôle, créer, écrire, courir, aimer, apprendre, refuser, recommencer. Tout cela demande une forme d’engagement. Or l’engagement réveille la vie, mais il réveille aussi la peur.

Ainsi, certaines personnes ne manquent pas d’envie. Elles ont peur de ce que leur envie pourrait exiger d’elles. Elles sentent confusément que si l’ennui disparaît, une décision apparaîtra.

Je m’ennuie, moi ?

La question mérite d’être posée sans brutalité. Vous pouvez vous demander : “Est-ce que je m’ennuie vraiment, ou est-ce que je suis fatigué ?” Car la fatigue imite parfois l’ennui. Quand votre système nerveux n’en peut plus, tout devient fade. Les invitations pèsent et les projets irritent. Les conversations semblent trop longues et même les choses que vous aimez perdent leur saveur.

Vous pouvez aussi vous demander : “Est-ce que je m’ennuie, ou est-ce que je me protège ?” Si vous avez connu des déceptions, des échecs, des ruptures ou des périodes de grande pression, votre désir peut s’être mis en retrait. Non parce qu’il est mort. Plutôt parce qu’il ne veut plus se faire mal.

Enfin, vous pouvez vous demander : “Est-ce que je m’ennuie, ou est-ce que je n’ose plus vouloir ?” Cette question touche souvent juste. Beaucoup de personnes ne savent plus ce qu’elles veulent parce qu’elles ont trop longtemps voulu ce qu’il fallait vouloir. Vous savez… le bon métier, la bonne image, le bon couple. Ou la bonne maison, la bonne attitude et le bon niveau de réussite. Puis un jour, tout cela fonctionne à peu près, mais l’intérieur ne suit plus.

L’ennui devient alors une invitation étrange. Il vous demande de revenir vers quelque chose de plus vivant, mais aussi de plus honnête.

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Les profils les plus concernés

Il serait dangereux de réduire l’ennui à quelques profils figés. Cependant, certains fonctionnements reviennent souvent.

Les personnes sous-stimulées

Elles ont besoin d’apprendre, de comprendre, de créer, de résoudre, d’explorer. Quand leur environnement devient trop répétitif, elles s’éteignent. Leur problème n’est pas l’effort. Leur problème est l’absence de défi juste.

Les personnes sur-stimulées

Elles vivent avec trop d’écrans, trop d’informations, trop de sollicitations. Leur attention saute partout. Elles ne supportent plus les rythmes lents. Un livre semble trop long. Une conversation sans téléphone paraît presque pauvre. Pourtant, leur système intérieur réclame souvent moins de bruit, pas davantage.

Les personnes perfectionnistes

Elles s’ennuient parfois parce qu’elles n’entrent jamais vraiment dans l’action. Tout doit être intéressant, réussi, utile, cohérent, bien préparé. Résultat : elles restent au bord de leur vie. Elles pensent beaucoup, commencent peu, puis se reprochent leur immobilité.

Les personnes en transition

Elles ont quitté une ancienne identité, mais n’ont pas encore trouvé la suivante. Après une séparation, un déménagement, un changement professionnel, un deuil, un départ des enfants, une maladie ou une remise en question, l’ennui peut surgir comme un espace entre deux mondes. Ce n’est pas confortable, mais ce n’est pas forcément mauvais. Quelque chose se recompose.

Les personnes qui vivent trop loin d’elles-mêmes

Elles savent fonctionner, rassurer, performer, s’adapter, sourire, tenir. Mais elles ne savent plus très bien ce qui les touche. Leur ennui n’est pas un caprice. C’est une alarme douce, parfois insistante, qui signale une distance avec soi.

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Comment sortir de l’ennui ?

Sortir de l’ennui ne signifie pas remplir votre agenda. Cela signifie remettre du lien entre ce que vous faites, ce que vous ressentez, ce que vous choisissez et ce qui compte pour vous.

Commencez par nommer votre ennui

Ne dites pas seulement : “Je m’ennuie.” Précisez.

Vous ennuyez-vous dans votre travail, dans votre couple, dans votre corps, dans vos loisirs, dans vos relations, dans votre spiritualité, dans votre rôle social ? Vous ennuyez-vous le matin, le dimanche soir, après les repas, en réunion, en famille, après avoir passé une heure sur votre téléphone ?

Plus votre ennui devient précis, moins il vous domine.

Réduisez les anesthésiants

Vous n’avez pas besoin de supprimer tous les écrans, toutes les séries, tous les réseaux ou toutes les distractions. En revanche, vous pouvez observer ce que vous utilisez pour ne pas sentir.

Le soir, quand vous prenez votre téléphone, cherchez-vous une information, un plaisir, un lien, ou une fuite ? La nuance compte. Une distraction choisie repose. Une distraction automatique vide.

Réintroduisez du défi juste

L’ennui apparaît souvent quand la difficulté est mal réglée. Trop facile, vous décrochez. Trop difficile, vous évitez. Le défi juste se trouve entre les deux. Il demande un peu d’effort, mais pas une violence intérieure.

Vous pouvez donc choisir une action légèrement plus exigeante que votre routine habituelle : marcher sans écouteurs, écrire dix lignes, appeler quelqu’un au lieu d’envoyer un message, cuisiner vraiment, ranger une zone précise, apprendre une compétence, reprendre un projet abandonné pendant vingt minutes.

Cherchez le sens dans le geste, pas seulement dans le grand projet

Beaucoup de personnes attendent une grande révélation. Elles veulent trouver leur mission, leur voie, leur nouveau départ. Pourtant, le sens revient souvent par les gestes. Vous terminez ce qui traînait ou vous prenez soin d’un détail. Vous pouvez honorer une promesse ou remettez de l’ordre. Ou encore, oser une conversation.

Le sens ne tombe pas toujours du ciel. Il se fabrique aussi dans votre manière d’habiter ce que vous faites.

Reprenez contact avec le corps

L’ennui mental tourne en rond. Le corps, lui, ramène du réel.

  • Marchez
  • Courez
  • Respirez
  • Jardinez
  • Étirez-vous
  • Dansez maladroitement dans votre salon
  • Remettez vos mains dans la matière

Le corps ne résout pas tout, mais il coupe court à certaines abstractions stériles. Vous ne sortez pas toujours de l’ennui en pensant mieux. Parfois, vous en sortez en bougeant autrement.

Retrouvez des conversations qui déplacent quelque chose

Certaines discussions vous endorment. D’autres vous réveillent. Cherchez davantage les secondes. Pas forcément des conversations spectaculaires. Plutôt des échanges où vous pouvez penser plus clairement, sentir plus librement, rire plus franchement, dire une vérité sans jouer un rôle.

Un bon dialogue peut rouvrir une fenêtre intérieure.

À retenir de l’ennui

L’ennui n’est pas votre ennemi. Il devient problématique quand vous le fuyez toujours de la même manière. Si vous le recouvrez seulement avec des écrans, des achats, du grignotage, des plaintes, de l’ironie ou du sommeil en excès, il reviendra. Souvent plus lourd.

En revanche, si vous l’écoutez, il peut devenir une information précieuse. Il peut vous montrer qu’une partie de votre vie demande plus d’attention, plus de vérité, plus de beauté, plus de lien, plus de risque ou plus de simplicité.

L’ennui vous dit rarement toute la réponse. Mais il indique souvent la bonne porte.

Comment ne plus être blasé

Checklist : votre ennui cherche-t-il à vous dire quelque chose ?

Demandez-vous :

  1. Dans quel domaine précis de ma vie l’ennui revient-il le plus souvent ?
  2. Est-ce un ennui de fatigue, de répétition, de solitude, de manque de sens ou de peur ?
  3. Qu’est-ce que je fais automatiquement pour ne pas sentir cet ennui ?
  4. Quelle activité me laisse encore plus vide après l’avoir faite ?
  5. Quelle activité simple me rend un peu plus présent à moi-même ?
  6. Quelle conversation est-ce que j’évite depuis trop longtemps ?
  7. Quel désir est-ce que je juge irréaliste, ridicule ou trop tardif ?
  8. Quelle décision apparaîtrait si j’arrêtais de dire seulement “je m’ennuie” ?
  9. De quoi ai-je besoin : repos, nouveauté, cadre, lien, mouvement, vérité ?
  10. Quelle petite action pourrait remettre de la vie dans ma journée ?

Plan d’action 10 minutes

Pendant dix minutes, ne cherchez pas à transformer toute votre vie. Prenez une feuille et écrivez trois colonnes.

Dans la première, notez : “Ce qui m’ennuie.” Soyez concret. Ne mettez pas “ma vie”. Écrivez plutôt : “mes soirées sur le canapé”, “mes réunions du mardi”, “nos conversations de couple”, “mes dimanches”, “mon téléphone avant de dormir”, “mon travail administratif”.

Dans la deuxième, notez : “Ce que cet ennui cache peut-être.” Fatigue ? Peur ? Besoin de reconnaissance ? Manque de défi ? Solitude ? Tristesse ? Colère ? Désir non assumé ?

Dans la troisième, notez : “Un geste vivant.” Pas une révolution. Un geste. Ranger un tiroir. Marcher vingt minutes. Écrire un message sincère. Demander un entretien. Couper le téléphone une soirée. Reprendre un livre. Proposer une vraie discussion. Planifier une séance d’accompagnement. Faire une chose reportée depuis trop longtemps.

Ensuite, choisissez un seul geste. Faites-le aujourd’hui. Pas pour régler votre vie. Pour interrompre l’hypnose de l’immobilité.

Comment je travaille avec cette question

Quand une personne vient me voir avec cette impression de tourner en rond, je ne lui demande pas de devenir immédiatement motivée, brillante ou disciplinée. Je cherche d’abord à comprendre la fonction de son ennui. Car un symptôme ne se retire pas correctement si l’on ne comprend pas ce qu’il protège, ce qu’il évite ou ce qu’il tente de réparer.

Parfois, le travail consiste à remettre du cadre. Parfois, à retrouver du désir ou à traverser une peur. Mais aussi, à poser des mots sur une fatigue ancienne. Ou encore, à accepter qu’une partie de la vie construite ne corresponde plus tout à fait à la personne que vous êtes devenue.

L’accompagnement permet alors de faire la différence entre une lassitude passagère et un vrai signal de changement. Il ne s’agit pas de tout casser. Il s’agit plutôt de retrouver assez de lucidité pour savoir quoi garder, quoi ajuster, quoi quitter et quoi recommencer.

Quand l’ennui devient préoccupant

L’ennui fait partie de la vie. Il peut même être utile. Cependant, s’il devient massif, quotidien, douloureux, accompagné d’une perte d’envie générale, d’un sommeil très perturbé, d’une tristesse persistante, d’une consommation excessive, d’un isolement important ou d’idées noires, il mérite une attention professionnelle.

Dans ce cas, ne le traitez pas comme un simple manque de volonté. Votre organisme, votre psychisme ou votre histoire essaient peut-être de signaler une souffrance plus profonde.

Sortir de l’ennui, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre

Vous n’avez pas besoin de transformer votre vie en aventure permanente. Vous n’avez pas besoin de devenir plus productif, plus spectaculaire, plus inspirant, plus performant. Sortir de l’ennui, ce n’est pas remplir chaque minute. C’est retrouver une relation plus habitée avec ce que vous vivez.

Il peut s’agir d’un travail plus juste, d’une relation plus vraie, d’un corps plus écouté, d’un rythme moins dispersé, d’un usage plus sobre des écrans, d’une parole enfin posée, d’un projet repris sans grand discours.

L’ennui vous retire parfois la saveur des choses. Pourtant, il peut aussi vous reconduire vers une question simple, presque nue : “Qu’est-ce qui mérite vraiment mon attention maintenant ?”

Et peut-être que le début se trouve là. Non dans une grande réponse. Mais dans cette petite reprise de contact avec votre propre vie.


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