Façonnage de son travail

Dans le monde professionnel actuel, de nombreuses personnes ressentent un décalage entre ce qu’elles font et ce qu’elles aimeraient faire. Pourtant, il ne s’agit pas toujours de changer de métier. Parfois, il suffit d’ajuster la manière dont on exerce son activité. C’est précisément ce que propose le façonnage de son travail, traduction française de l’expression anglaise job crafting.

Cependant, cette notion reste encore peu connue dans l’espace francophone, alors qu’elle constitue une piste extrêmement intéressante pour comprendre certaines formes de procrastination. En effet, lorsqu’une tâche ne fait plus sens, lorsqu’elle semble mécanique ou dépourvue d’utilité personnelle, le cerveau cherche naturellement à l’éviter. Dès lors, la procrastination n’est pas seulement une question de discipline. Elle peut également révéler un manque d’appropriation de son travail.

Aujourd’hui, je souhaite vous présenter cette approche, ses fondements scientifiques, ses bénéfices concrets et, surtout, le lien direct qu’elle entretient avec la procrastination.



Comprendre le façonnage de son travail

Le façonnage de son travail désigne la capacité d’un individu à modifier activement certains aspects de son activité professionnelle afin de la rendre plus motivante, plus cohérente avec ses valeurs et plus engageante au quotidien.

Autrement dit, il ne s’agit pas d’attendre qu’un manager transforme votre poste. Au contraire, la démarche consiste à reprendre une part d’initiative pour ajuster ce que vous faites, comment vous le faites et pourquoi vous le faites.

Le concept a été formalisé en 2001 par les psychologues organisationnels Amy Wrzesniewski et Jane Dutton de l’université de Yale. Depuis lors, de nombreuses recherches ont confirmé ses effets positifs sur la motivation, l’engagement et le bien-être au travail.

Par exemple, une méta-analyse publiée en 2020 dans le Journal of Vocational Behavior portant sur plus de 19 000 travailleurs montre que le façonnage de son travail est fortement associé à l’engagement professionnel, à la satisfaction au travail et à la performance individuelle.

Par ailleurs, une étude menée par l’université Erasmus de Rotterdam indique que les salariés qui adaptent activement leur travail présentent jusqu’à 30 % de motivation supplémentaire par rapport à ceux qui restent dans une posture passive.

Or, lorsque la motivation augmente, la procrastination diminue très souvent.

Pourquoi le façonnage de son travail agit sur la procrastination ?

La procrastination au travail ne résulte pas uniquement d’un manque de volonté. Bien au contraire, elle apparaît fréquemment lorsque trois éléments fondamentaux sont fragilisés :

  • le sens des tâches

  • le sentiment de contrôle

  • l’intérêt personnel

Or, le façonnage de son travail agit précisément sur ces trois dimensions.

Premièrement, il permet de redonner du sens aux activités quotidiennes. En effet, lorsque vous comprenez pourquoi vous faites quelque chose et que vous percevez son utilité, votre cerveau mobilise davantage d’énergie pour s’y consacrer.

Deuxièmement, cette approche renforce le sentiment d’autonomie. Or, la psychologie de la motivation montre depuis longtemps que l’autonomie constitue l’un des trois besoins psychologiques fondamentaux, avec la compétence et l’appartenance sociale (théorie de l’autodétermination développée par Deci et Ryan).

Troisièmement, le façonnage de son travail permet d’intégrer davantage d’éléments qui correspondent à vos intérêts personnels. Dès lors, l’activité cesse d’être subie. Elle devient progressivement choisie.

Et c’est précisément à ce moment-là que la procrastination recule.

Façonnage de son travail

Les 3 formes principales de façonnage de son travail

Les chercheurs distinguent généralement trois manières de remodeler son activité professionnelle.

Le façonnage des tâches

Tout d’abord, il est possible d’ajuster la nature ou la répartition de certaines tâches.

Par exemple, une personne peut décider d’intégrer davantage d’activités qui stimulent sa créativité ou qui mobilisent ses compétences relationnelles. Inversement, elle peut chercher à automatiser ou simplifier certaines tâches répétitives.

Il ne s’agit évidemment pas de supprimer toutes les obligations. Cependant, dans de nombreux postes, une marge de manœuvre existe. Et c’est précisément cette marge qui peut être utilisée intelligemment.

Le façonnage des relations

Ensuite, une autre dimension concerne les relations professionnelles.

Certaines personnes trouvent une énergie considérable dans les interactions humaines. Dans ce cas, elles peuvent choisir de collaborer davantage, de transmettre leur savoir ou d’accompagner de nouveaux collègues.

Ainsi, le travail cesse d’être une succession de tâches isolées. Il devient un espace de contribution et de coopération.

Le façonnage du sens

Enfin, la troisième dimension concerne la manière dont on perçoit son travail.

Deux personnes exerçant exactement le même métier peuvent lui donner des significations radicalement différentes.

Par exemple, un agent hospitalier peut considérer qu’il nettoie simplement des chambres. Pourtant, il peut également voir son rôle comme une contribution essentielle à la sécurité des patients.

Or, cette différence de perception modifie profondément la motivation.

Quand la procrastination devient un signal

Dans mon travail de coach anti-procrastination, j’observe régulièrement un phénomène intéressant. Lorsqu’une personne procrastine systématiquement certaines tâches, cela révèle souvent un désalignement entre la tâche et ce qui compte réellement pour elle.

Bien sûr, il existe des procrastinations liées à la peur, au perfectionnisme ou au stress. Cependant, dans de nombreux cas, la procrastination agit comme un signal interne. Elle dit quelque chose et elle indique que la personne n’habite plus vraiment son travail.

Ainsi, plutôt que de chercher uniquement à lutter contre la procrastination par des techniques de productivité, il peut être utile de poser une question plus profonde :
Comment puis-je façonner mon travail pour qu’il corresponde davantage à qui je suis ?

Et c’est souvent à partir de cette question que les transformations commencent.

Témoignage David à Monthey

Le témoignage de David, à Monthey

Je pense notamment à David, un client que j’ai accompagné et qui habite à Monthey, dans le Chablais valaisan.

David travaillait dans une entreprise industrielle depuis une quinzaine d’années. Au fil du temps, il avait développé une forme de fatigue mentale. Il accomplissait ses tâches correctement, cependant il repoussait systématiquement certains dossiers administratifs.

Chaque semaine, il se promettait de s’y mettre. Et chaque semaine, il reportait.

Lors de nos premières séances, il pensait simplement manquer de discipline. Pourtant, en creusant davantage, nous avons découvert autre chose.

David aimait profondément transmettre, expliquer et aider les autres à progresser. Or, dans son poste actuel, cette dimension était presque absente. Progressivement, il a donc décidé de façonner son travail.

Tout d’abord, il a proposé à son responsable de participer à l’accueil des nouveaux collaborateurs. Ensuite, il a commencé à créer de petites fiches explicatives pour faciliter la formation interne. Enfin, il a accepté de devenir référent technique pour certains projets.

Trois mois plus tard, quelque chose avait changé.

Les dossiers qu’il repoussait auparavant étaient désormais intégrés dans un ensemble qui avait du sens pour lui. La procrastination avait nettement diminué.

David me disait lors d’une séance :
« Avant, j’avais l’impression de faire des tâches. Maintenant, j’ai le sentiment de contribuer à quelque chose. »

Les bénéfices mesurés du façonnage de son travail

De nombreuses études confirment d’ailleurs les effets positifs de cette approche. Selon une recherche menée auprès de 1 200 employés européens :

  • 64 % déclarent se sentir plus engagés dans leur travail lorsqu’ils peuvent adapter certaines tâches.

  • 58 % observent une réduction du stress professionnel.

  • 46 % constatent une baisse de la procrastination liée aux tâches complexes.

Par ailleurs, une étude de l’université de Harvard montre que les travailleurs qui pratiquent activement le façonnage de leur travail présentent des niveaux d’énergie supérieurs de 20 à 25 %.

Ces résultats sont loin d’être anecdotiques. Ils montrent qu’une transformation relativement simple de l’approche du travail peut produire des effets très concrets.

3 questions simples pour commencer à façonner son travail

Si vous souhaitez explorer cette approche, je propose souvent trois questions très simples à mes clients.

Première question :
Quelles sont les tâches qui vous donnent de l’énergie dans votre travail ?

Deuxième question :
Quelles sont celles qui vous en prennent le plus ?

Troisième question :
Que pourriez-vous ajuster, même légèrement, pour rééquilibrer les choses ?

Parfois, il suffit de petites modifications pour transformer une journée de travail.

  • Introduire davantage de transmission.
  • Organiser différemment certaines tâches.
  • Mettre en avant une compétence peu utilisée.

Et progressivement, le travail devient plus vivant.

Façonnage de son travail

Ce que j’observe dans mon accompagnement

Au fil des années, j’ai accompagné de nombreuses personnes confrontées à la procrastination. Certaines étaient cadres, d’autres indépendantes, d’autres encore étudiants. Cependant, un point revient souvent.

Lorsque les personnes reprennent la main sur la manière dont elles vivent leur activité, quelque chose se débloque.

La procrastination diminue, non pas parce qu’elles se forcent davantage, mais parce que l’élan revient. Et c’est précisément là que le façonnage de son travail devient une approche particulièrement intéressante. Car il ne s’agit pas seulement d’être plus productif. Il s’agit de retrouver une relation plus vivante avec ce que l’on fait chaque jour.

Une invitation à réfléchir différemment à son travail

Finalement, le façonnage de son travail pose une question simple mais essentielle :

Travaillez-vous dans un poste figé… ou dans un espace que vous pouvez modeler ?

Bien sûr, toutes les professions n’offrent pas la même marge de manœuvre. Cependant, dans la majorité des cas, il existe toujours un espace, même modeste, pour ajuster certaines choses. Et c’est souvent dans cet espace que naissent les transformations les plus intéressantes.

Car lorsque le travail retrouve du sens, l’énergie revient. Et lorsque l’énergie revient, la procrastination perd une grande partie de son pouvoir.

Si vous souhaitez réfléchir à votre relation au travail, à votre motivation ou à votre procrastination professionnelle, je vous accompagne afin de retrouver de la clarté et de l’élan dans votre activité.

Les séances peuvent se dérouler en visio : vous pouvez réserver directement ici : https://calendly.com/stephabry

Et pour vos séances en présentiel à Sierre : 079 850 09 18

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