Lorsque l’on parle de procrastination, on imagine souvent des corvées qu’on repousse éternellement. Mais il existe une autre facette moins connue : repousser volontairement ses petits bonheurs en attendant le moment idéal.
Ce phénomène, étudié par des chercheurs de l’Université de Chicago et publié dans PNAS Nexus, montre que plus nous retardons une activité agréable, plus nous avons tendance à attendre encore. Résultat : nous passons à côté de moments simples qui pourraient pourtant nous apporter joie et énergie.
Le moment idéal : un mythe séduisant mais piégeur
Qui n’a jamais gardé une bonne bouteille « pour plus tard » ou repoussé la visite d’un lieu qu’on a pourtant sous la main ? Nous attendons souvent que toutes les conditions soient réunies, convaincus que le plaisir sera plus intense si nous trouvons le moment idéal.
Le professeur Ed O’Brien appelle cela un « drame psychologique » : à force de sacraliser un moment, nous finissons par avoir peur qu’il ne soit pas à la hauteur. Et plus nous attendons, plus cette peur grandit.
L’exemple du Covid-19 est parlant : après des mois de fermeture, beaucoup n’ont pas retrouvé le chemin des restaurants ou des théâtres immédiatement. Pourquoi ? Parce qu’un simple repas le mardi midi semblait trop banal après une si longue attente.

Comment le perfectionnisme entretient l’illusion du moment idéal
Ce comportement repose sur ce que les psychologues nomment l’occasion matching : la tendance à vouloir aligner un événement avec des conditions parfaites. C’est une forme de perfectionnisme émotionnel.
Ce perfectionnisme n’est pas toujours positif : lorsqu’il empêche d’agir, il prive de plaisir immédiat et transforme des instants simples en projets irréalisables. Dans une expérience de l’étude, on demandait à 200 personnes de choisir entre envoyer un message à un ami ou effectuer une tâche ennuyeuse. Plus l’absence de contact était longue, plus elles choisissaient… la tâche ennuyeuse.
Moralité : attendre le moment idéal peut transformer un geste simple en véritable montagne mentale.
Pourquoi nous repoussons même les bons moments
Les recherches identifient plusieurs causes à cette procrastination particulière :
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Peur de gâcher le moment idéal : on veut que tout soit parfait, et on craint que l’instant ne soit pas à la hauteur.
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Illusion de temps futur : on croit qu’on aura plus de temps ou d’énergie plus tard.
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Perfectionnisme paralysant : tout doit être irréprochable avant d’agir.
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Vie quotidienne envahissante : les obligations prennent le pas sur les envies.
Le psychologue Akira Miyake précise que cette tendance varie d’une personne à l’autre, mais qu’elle est souvent renforcée par la peur du regret et le manque de motivation.

Le prix à payer quand on attend le moment idéal
Reporter ses plaisirs a des conséquences profondes :
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Baisse du bien-être : on se prive de sources régulières de joie.
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Renforcement des habitudes d’attente : plus on attend, plus on s’habitue à attendre.
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Inertie générale : cette posture passive se propage à d’autres domaines de vie.
Et surtout, en repoussant les bons moments, on envoie à notre cerveau le message que la vie ne se vit pas maintenant… ce qui entretient la procrastination dans toutes les sphères.
5 clés pour cesser d’attendre le moment idéal
1. Prendre conscience du mécanisme
Identifiez chaque fois que vous vous dites « pas aujourd’hui » pour un moment agréable. Cette prise de conscience est le premier pas vers le changement.
2. Désacraliser le moment
Le moment idéal n’existe pas en soi : c’est vous qui le rendez spécial par votre intention. Un mardi pluvieux peut devenir un souvenir précieux si vous le vivez pleinement.
3. Planifier le plaisir
Inscrivez vos envies simples dans votre agenda : « déjeuner en terrasse », « appeler un ami », « écouter un album ». Cela leur donne un statut concret.
4. Agir par petites touches
Ouvrez la bouteille, envoyez le message, lancez la série pour dix minutes. Une micro-action suffit souvent à enclencher l’élan.
5. Cultiver la fierté
Reconnaissez chaque fois que vous avez choisi d’agir plutôt que d’attendre le moment idéal. Cette fierté nourrit votre confiance et votre sentiment d’efficacité personnelle.
Changer votre rapport au moment idéal
Comme le résume Ed O’Brien : « N’importe quel moment peut devenir spécial, si on le décide. »
La prochaine fois que vous aurez envie de repousser un déjeuner, une sortie ou un appel, demandez-vous :
Est-ce que j’attends un vrai moment idéal… ou est-ce que j’évite juste d’agir ?
À retenir
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« Le moment idéal est une construction mentale : libérez-vous-en. »
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« Chaque jour ordinaire peut devenir extraordinaire. »
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« Attendre le moment parfait, c’est souvent ne rien vivre du tout. »
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« Créez votre moment idéal, ici et maintenant. »
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« Plus vous agissez, plus vous vivez. »
En résumé
La procrastination ne touche pas que les tâches pénibles : elle s’invite aussi dans nos plaisirs. Attendre le moment idéal pour se faire du bien est une stratégie séduisante… mais souvent perdante. La clé est simple : agir maintenant, sans attendre que tout soit parfait.
Votre vie n’a pas besoin d’être en mode « grandes occasions » pour être intense et satisfaisante. Le moment idéal, c’est celui que vous décidez de vivre.






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