C’est à la fin 2025, que trois de mes clients ont pris une décision radicale. Une décision que beaucoup évoquent, mais que peu assument réellement. Ils ont quitté les réseaux sociaux et supprimé leurs comptes. Désinstallé les applications et coupé les notifications. Bref, ils ont quitté les réseaux sociaux !
- Une coureuse de fond engagée dans des semi-marathons et des marathons.
- Un étudiant en histoire en plein cycle universitaire.
- Un vendeur de meubles performant, mais mentalement épuisé.
Comme vous pouvez vous en apercevoir, trois profils très différents. Trois environnements professionnels/sportifs distincts. Pourtant, pour chacun d’entre eux, une même intuition : leur attention se fragmentait, leur énergie se diluait, leur concentration s’effritait.
Aujourd’hui, plusieurs mois après cette rupture numérique, ils observent des effets mesurables. Ils sont concrets et profonds. Je vous propose donc d’analyser ces transformations avec rigueur, à la lumière de la psychologie cognitive et de la préparation mentale.
Ce que disent les recherches sur les réseaux sociaux et l’attention
Avant de vous raconter leur évolution, je vous propose de poser un cadre scientifique. Les plateformes comme Instagram, Facebook, TikTok ou LinkedIn reposent sur des mécanismes d’économie de l’attention. Leur modèle économique valorise le temps passé, l’engagement émotionnel et la répétition comportementale.
Plusieurs travaux en psychologie cognitive montrent :
-
Une baisse de la capacité de concentration soutenue.
-
Une augmentation de la comparaison sociale.
-
Une fragmentation accrue des cycles attentionnels.
-
Une activation répétée du circuit dopaminergique via les notifications.
Le chercheur Cal Newport, auteur de Deep Work, démontre que la concentration profonde devient rare dans un environnement saturé de stimulations numériques. Autrement dit, le problème n’est pas moral, il est neurologique.
Voyons maintenant ce que mes trois clients ont expérimenté.

1. La coureuse de fond : retrouver le silence mental
Elle préparait un marathon et bien sûr elle s’entraînait sérieusement. Pourtant, chaque séance devenait un espace de comparaison : performances des autres, photos de podiums, chronos publiés en ligne, corps sculptés, conseils contradictoires.
Ce qu’elle ressentait :
-
Pression diffuse.
-
Impression de ne jamais en faire assez.
-
Besoin de documenter ses sorties.
-
Difficulté à courir sans penser au partage futur.
En quittant les réseaux sociaux, elle observe :
1. Une baisse significative de la comparaison sociale
Elle court désormais pour elle. Plus pour l’image. Plus pour la validation. Elle note ses sensations dans un carnet. Elle décrit un retour à l’essentiel : respiration, foulée, régularité.
2. Une meilleure récupération mentale
Le cerveau récupère pendant le sommeil profond. Or, l’exposition tardive aux écrans perturbe les cycles circadiens. En supprimant les scrolls nocturnes, elle dort plus vite, plus profondément. Elle observe une diminution de la fatigue perçue.
3. Une performance plus stable
Son chrono n’a pas explosé. En revanche, sa régularité s’est améliorée. Moins de pics émotionnels. Moins d’euphorie suivie de découragement. Plus de constance.
En préparation mentale, nous cherchons la stabilité émotionnelle avant l’exploit.

2. L’étudiant en histoire : reconstruire sa capacité d’attention
Son problème était clair : il ouvrait un livre et, dix minutes plus tard, vérifiait son téléphone. Puis encore. Et recommençait.
Il ne manquait bien sûr pas d’intelligence. Mon client manquait de continuité attentionnelle.
Après avoir supprimé ses comptes, voici ce qu’il observe :
1. Une augmentation du temps de concentration profonde
Il est passé de sessions de 15 minutes à des blocs de 60 à 90 minutes sans interruption. Ce phénomène correspond à ce que les neurosciences appellent la restauration de la capacité attentionnelle soutenue.
2. Une diminution de l’anxiété diffuse
Les réseaux sociaux exposent en permanence à des opinions, des polémiques, des crises. Il décrit un esprit plus calme. Moins saturé d’informations non pertinentes pour ses études.
3. Une amélioration de la mémorisation
La mémoire consolide mieux lorsque l’attention est stable. Il retient davantage ses lectures et relit moins. Il comprend plus vite les liens entre les événements historiques.
Son témoignage est simple :
« J’ai l’impression d’avoir récupéré mon cerveau. »
Ce qu’il a récupéré, en réalité, c’est sa capacité à rester avec une tâche jusqu’à son terme.

3. Le vendeur de meubles : retrouver une présence relationnelle
Lui ne pensait pas que les réseaux sociaux l’impactaient. Il les utilisait « peu ». En réalité, il consultait son téléphone entre chaque client. Vous connaissez le triptyque : Notifications, messages et actualités.
Il décrit aujourd’hui trois bénéfices majeurs :
1. Une écoute plus fine
Alors qu’il n’a plus de distraction permanente, il observe davantage les micro-expressions de ses clients. Il pose des questions plus pertinentes. De plus, il adapte mieux son discours.
2. Une baisse de la fatigue décisionnelle
Chaque notification sollicite une micro-décision. Répondre ou non, lire ou non et réagir ou non. Cette accumulation épuise les ressources cognitives. Depuis qu’il a supprimé ces sollicitations, il se sent plus disponible en fin de journée.
3. Une hausse de ses ventes
Il ne vend pas plus en quantité. Il vend mieux et surtout avec moins de précipitation et il développe plus de qualité relationnelle. Enfin, il ressent plus de confiance face aux autres.
Évidemment, dans son métier, la présence vaut plus que la promotion en ligne.
Les bénéfices communs observés
Malgré leurs différences, mes trois clients décrivent des effets convergents.
1. Une récupération de temps réel
Ils estiment avoir gagné entre 45 minutes et 2 heures par jour. Ce temps ne s’est pas transformé en productivité frénétique. Il s’est transformé en espace mental.
2. Une diminution des comparaisons permanentes
La comparaison constante nourrit l’insatisfaction chronique. En la supprimant, ils stabilisent leur estime personnelle.
3. Une meilleure régulation émotionnelle
Moins d’exposition aux polémiques, aux succès mis en scène, aux opinions extrêmes. Leur humeur devient plus prévisible.
4. Une capacité accrue à s’ennuyer
Cela peut surprendre. Pourtant, l’ennui stimule la créativité. Le cerveau, non occupé par des stimuli externes, réactive ses réseaux associatifs internes.
Ont-ils tout supprimé définitivement ?
Non. Leur décision n’est pas idéologique. Elle est stratégique.
Ils ont choisi :
-
La sobriété numérique.
-
La maîtrise de leur attention.
-
La cohérence avec leurs objectifs.
Ils savent qu’ils pourront réintroduire certains usages si cela sert un objectif clair.

Ce que cela m’enseigne comme accompagnant
Je n’encourage pas systématiquement mes clients à quitter les réseaux sociaux. Je les invite à observer :
-
Quelle est votre intention lorsque vous ouvrez une application ?
-
Quel est votre état émotionnel en la fermant ?
-
Est-ce un outil ou une habitude réflexe ?
Le véritable enjeu n’est pas la suppression. C’est la reprise de contrôle attentionnel.
En une phrase
Quitter les réseaux sociaux ne change pas votre identité. Cela change votre disponibilité mentale.
À retenir
-
L’attention est une ressource finie.
-
Les réseaux sociaux fragmentent les cycles cognitifs.
-
La comparaison permanente altère la stabilité émotionnelle.
-
La sobriété numérique restaure la concentration et la présence.
Une question pour vous
Si vous supprimiez vos comptes pendant 30 jours, qu’espéreriez-vous récupérer ?
- Du temps ?
Du calme ?
De la clarté ?
Ou peut-être quelque chose de plus fondamental : votre capacité à rester avec vous-même. La question n’est donc pas morale, elle est, pour ce qui nous occupe, stratégique.
Ma propre expérience
À force d’accompagner mes clients dans leur rapport aux réseaux sociaux, une question s’est imposée à moi avec honnêteté : étais-je moi-même totalement aligné avec ce que j’analysais et observais chez eux ? Fin 2025, j’ai donc décidé, non pas de disparaître brutalement, mais de prendre de la distance. Il ne s’agissait ni d’un geste idéologique ni d’une posture démonstrative. Je voulais simplement expérimenter, mesurer, ressentir et comprendre ce que produisait réellement une réduction significative de ma présence numérique.
Le premier effet observé fut un gain de temps très concret. Sans avoir l’impression d’être excessivement connecté auparavant, je me suis rendu compte que de nombreuses micro-consultations jalonnaient mes journées : vérifier une notification, lire un commentaire, parcourir une publication, jeter un œil rapide à l’actualité d’un contact. Pris isolément, ces moments semblaient insignifiants. Additionnés, ils représentaient une quantité d’énergie cognitive non négligeable. En réduisant drastiquement ces sollicitations, j’ai récupéré des plages continues de travail, de lecture et de réflexion. Ce temps retrouvé ne s’est pas transformé en hyperproductivité fébrile ; il s’est transformé en profondeur.
Parallèlement, j’ai constaté une diminution sensible d’un stress diffus que je ne percevais même plus comme tel. Il ne s’agissait pas d’un stress aigu, mais d’une agitation de fond, presque imperceptible, liée à l’exposition permanente aux flux d’informations, aux réactions, aux commentaires et aux micro-événements numériques.
Lorsque ces stimulations ont diminué, mon système nerveux s’est progressivement apaisé. J’ai ressenti une forme de stabilité plus grande dans mes journées, une continuité plus naturelle dans mes tâches et une disponibilité mentale accrue pour les personnes que j’accompagne.
Un autre phénomène m’a interpellé
Les premières semaines, je me suis senti légèrement “à part”, comme si je sortais d’un mouvement collectif permanent. Cette sensation m’a amené à une réflexion plus large : nous avons progressivement intégré l’hyperconnexion comme norme sociale.
Or, historiquement et biologiquement, l’état normal du cerveau humain n’est pas la sollicitation constante. Lire longuement, écrire, marcher, penser sans interruption, dialoguer sans écran interposé relèvent en réalité d’un fonctionnement plus cohérent avec notre architecture cognitive. Ce que je vivais n’était pas une exception ; c’était un retour à un rythme plus organique.
Il est important de préciser que je n’ai pas supprimé définitivement toute présence numérique. Je me rends encore sur certaines plateformes, mais avec une intention claire et circonscrite. Je choisis le moment, la durée et la raison de ma connexion. Cette différence peut sembler subtile ; elle est pourtant déterminante. Je n’ouvre plus une application par réflexe et je n’y reste plus par inertie. Je décide d’y entrer et d’en sortir. Ce sentiment d’autonomie change profondément le rapport à l’outil.
Un bénéfice supplémentaire concerne la qualité de l’information consommée
En réduisant drastiquement le flux, j’ai cessé d’être exposé à des contenus qui ne nourrissaient ni mes objectifs professionnels, ni ma réflexion personnelle, ni mes projets d’écriture. Les polémiques sans enjeu, les commentaires stériles, les publications qui suscitent une réaction émotionnelle sans valeur ajoutée ont disparu de mon champ attentionnel. Cette sélection n’a pas appauvri mon univers ; elle l’a clarifié. Je consacre désormais mon temps à des lectures choisies, à des ouvrages approfondis, à des recherches ciblées et à des échanges directs plus qualitatifs.
Un point mérite également d’être souligné, car il touche à une crainte fréquente : personne dans mon entourage ne m’a reproché d’être moins présent sur les réseaux sociaux. Aucun ami, aucune relation professionnelle ne m’a fait remarquer une “absence”. Cette observation est intéressante. Nous anticipons souvent un coût relationnel important lorsque nous réduisons notre visibilité numérique. Dans mon expérience, les relations authentiques ne reposent pas sur la fréquence des publications, mais sur la qualité des échanges réels. Ainsi, les conversations importantes continuent d’exister par d’autres canaux, plus directs et plus intentionnels.
Cette prise de distance a eu un effet direct sur mon écriture
Oui, j’ai retrouvé une continuité créative que je n’avais pas pleinement identifiée comme fragilisée auparavant. L’écriture exige du silence mental, une capacité à rester longuement avec une idée, à la creuser, à la structurer et à la nuancer. En réduisant la dispersion attentionnelle, j’ai retrouvé un plaisir plus profond à rédiger, à développer des analyses plus denses, à articuler mes expériences d’accompagnant avec des références théoriques et des observations cliniques. Cette reprise d’élan créatif constitue, à mes yeux, l’un des bénéfices les plus significatifs de cette démarche.
Si je mets en perspective mon expérience avec celle de la coureuse de fond, de l’étudiant en histoire et du vendeur de meubles, je constate un point commun : la récupération de la maîtrise attentionnelle. Aucun de nous n’est devenu radicalement différent. Nous sommes simplement redevenus plus cohérents avec nos objectifs, plus sélectifs dans nos choix et plus conscients de la valeur de notre temps.
Prendre de la distance avec les réseaux sociaux ne signifie pas rejeter la modernité ni condamner les outils numériques. Cela signifie s’interroger avec lucidité sur leur place réelle dans notre vie, sur leur utilité stratégique et sur leur impact cognitif. Dans un environnement saturé d’informations, la capacité à filtrer, à choisir et à se retirer devient une compétence déterminante. En fin de compte, mon expérience personnelle, comme celle de mes clients, confirme que cette compétence s’apprend, s’expérimente et produit des effets tangibles, tant sur la clarté mentale que sur la qualité de présence et la capacité à créer.






Laisser un commentaire
Participez-vous à la discussion?N'hésitez pas à contribuer!